Toulouse, ERGMT/SO

Établissement de réserve générale de Matériel Transmission Sud-ouest

 

 

Après ce séjour saharien riche en évènements, je regagnais la métropole à bord d’un Bréguet deux ponts, quadrimoteur, après avoir rallié Reggan d’In Amguel à bord de mon fidèle N2501. Débarqué au Bourget, après une escale à Bou sfer ,  je regagnais mes foyers pour me réacclimater (l’humidité, surtout). Je m’octroyais une permission d’une semaine (non autorisée) au titre de territoires du Sud. Je partis un lundi pour Toulouse, avec ma voiture. Arrivé au 31 chemin de Montredon (adresse de l’ERGMT/SO), je m’adresse au poste de police. Surpris, le sous-officier de service en réfère à son supérieur. Comme il était plus de 17 heures, plus d’officier pour prendre une décision. L’adjudant décide de m’héberger à la compagnie, dans une chambrée, non sans m’être restauré au mess. On verra cela demain.

Convoqué au colonel, comme il se doit, je n’étais plus habitué au protocole des casernes. Mon nouveau colonel, a fort bien compris mon comportement, passant l’éponge sur ma perm’ escroquée et m’avouant qu’il avait plus besoin de moi à l’atelier qu’au trou. Une chambre de sous-officier me fut attribuée illico, au-dessus du mess, avec comme cooccupant le sergent André, originaire de Montluçon. Nous allions devenir copains au bout de quelques jours, ainsi qu’avec beaucoup d’autres gradés, officiers compris, et hommes de troupe. Le seul avec lequel je n’ai jamais eu le contact était commandant, le Cdt Capdaspe. Cet officier, issu de la Résistance, réintégré au grade de capitaine, avait appris le règlement d’avant-guerre par cœur. Quasi analphabète, chaque rencontre dans l’enceinte de l’établissement devait être ponctuée du salut règlementaire de l’époque (1937). Autant dire que les motifs fusaient sur le bureau de mon colonel. A chaque fois, ce brave homme m’enjoignais de ne sortir en ville qu’en civil, moyennant quoi, le motif allait à la corbeille. Cela me permit de voir au cinéma près du Capitole, le Corniaud, avec Bourvil ainsi que d’autres films sortant en cette période.

Avec mes copains Robert Laffont , Annette Marlin, … tous célibataires à ce moment-là, nous organisions des excursions dans la régions et même au-delà. Ainsi, alors que l’Espagne était toujours sous le régime Franco, nous sommes allés jusqu’à Barcelone. Il fallait éviter de se faire contrôler, nous étions dans l’irrégularité; mais j’adorais ça. Andorre, à une portée reçut également plusieurs fois notre visite (on prenait ma voiture qui attirait moins avec son 72).

Toulouse nous voyait régulièrement, outre les cinémas, nous aimions flâner sur le marché aux puces de Saint Sernin, le long de la Garonne…

Travail pas très motivant à l’ERGMT/SO, nous réparions des radars COTAL pour moi, RASURA pour André afin qu’ils soient aptes à la réforme! Quelques noms de camarades: Bonnafous, Iacono di cacito, Puygbo, Laffont, André ...

Piquenique en compagnie d’Annette Marlin

Quelques années plus tard, Annette et Robert convolèrent en justes noces et m’invitèrent à leur fête, dans un village du Lot et Garonne. Nous étions restés amis. Je suis, depuis, resté sans nouvelles, mais avec les affectations successives de leur carrière militaire (Annette Marlin et sa copine étaient PFAT) j’ai fini par sortir de leur mémoire. A moins que par hasard, l’un de mes compères de l’époque ne me retrouve ici et me donne des informations.

Pour revenir à la fin de mon engagement militaire, mon colonel me proposa une belle carotte pour continuer ma mission vers la Polynésie Française. Je me serais peut-être décidé s’il n’avait fallu attendre l’aménagement de l’atoll de Mururoa à bord d’un navire (durée estimée: 6 mois minimum). Autant les marins nous fournissant l’électricité au Sahara étaient déprimé de ne pas être sur l’eau, moi, c’était l’inverse. Un déclic interne me conseillait de reprendre la vie civile, moins dangereuse: déjà irradié une fois (connue). Je déclinais donc son offre et pris même la décision de partir avec 3 mois de congé sans solde (pour compenser mon rabiot de 9 mois à l’EAT de Montargis).

Tentation encore, lors du déjeuner corporatif de la Saint Gabriel, patron des transmissions, à l’ERGMT/SO, où nous avions comme invité le général commandant la région militaire de Toulouse. Coïncidence ou clin d’œil du destin, à la table où nous étions, officiers et sous-officiers, j’étais presqu’en face de ce général. Souvent son regard se portait sur moi, ou plutôt sur ma rosette d’AET. Il se pencha vers mon colonel et me fit venir à lui. « De quelle boîte es-tu? » me dit-il à peine salué. Interloqué par soudaineté de la question, je lui répondis « Le Mans, 55-60 », du tac au tac il me répond « Autun 32-37, assieds-toi et discutons ». Et nous voilà partis dans une discussion comme deux polissons se remémorant des bons moments d’enfants de troupe. Mon commandant Capdaspe, qui se trouvait à côté était vert; qu’un petit sergent comme moi tutoie un général, ça le dépassait. Mon colonel, lui, souriait gaiement, car il savait ce qu’on était. Mon camarade AET, général, me dit que je faisais une connerie de quitter l’Armée: même à toi je ne peux dire pourquoi. Nous trinquâmes et bûmes comme deux vieux amis, ce qui me valut une cuite.

Plus tard je sus ce que voulait dire mon général: afin de garder ses techniciens, l’Armée a sorti des statuts d’officier-technicien, et avec mon 382 de l’ESTT j’étais éligible.

Ma vie dans ce casernement devint très décontractée, plus de motifs aux fesses pour manque de respect, beaucoup d’occasions de boire un coup avec toutes les classes hiérarchiques, si bien que, la veille de mon départ, j’offris un pot qui me fus rendu très généreusement. Tour à tour, les hommes de troupe, les sous-officiers et les officiers m’attendaient, qui au mess ou au foyer. Le soir j’étais plein comme un fût, et dans ma saoulerie, je voulais partir tout de suite. Mes bons copains m’ont gentiment mis au dodo et comme le plafond tournait, je n’ai pas vu la suite. Le lendemain, encore bien imbibé et vaseux, je restais là. Je pris la route le surlendemain, bien clair.