Ma petite enfance

 

Je suis né le 26 juin 1943, à 19 heures (heure Allemande), à La Bazoge, petite commune de la Sarthe, au nord du Mans, de parents de l’Assistance Publique. Premier Létendard du mariage, ma mère ayant épousé mon père, fille mère.

Mon père, ayant concouru à un poste de gardien de prison, fut reçu et embauché à la prison du Mans. N’ayant d’autre moyen de locomotion que sa bicyclette, il se rendait à son travail de cette façon (comme beaucoup de personnes à cette époque!). Je me souviens l’avoir souvent entendu parler des bombardements vécus pendant ces trajets, l’obligeant à se mettre à l’abri comme il le pouvait. Bien que tout petit à cette époque, je suis tellement marqué qu’il m’arrive encore, au cours de mes nuits, d’avoir mon sommeil coupé par des flashs où je me vois auprès de trous énormes, en forme d’entonnoirs, profonds et argileux, fraîchement creusés par des bombes, marchant tenu par la main. Les vrombissements des avions, les explosions m’ont imprégné à jamais.

D’autres visions, plus rassurantes, me situent dans de grandes pièces de château, à jouer avec de beaux livres reliés, de couleur rouge, décorés de gravures dorées, ou encore d’être bercé dans les bras de ma mère. Je reste imprégné de tous ces souvenirs qui ont modelé ma façon de penser.

Ma mère m’a souvent raconté les difficultés à me nourrir, à cause des restrictions, touchant également la campagne. Chétif, maladif de ce fait, j’ai grandi tant bien que mal, sans doute pourvu d’une envie de vivre très grande.

Puis vint la première mutation de mon père où nous quittâmes La Bazoge pour rejoindre la ville de Laval, dans la Mayenne. S’étant acheté une motocyclette d’occasion (une Terrot, de mémoire), et une remorque comme il s’en faisait à l’époque, aménagée avec une capote, cet équipement nous permit le transfert. ma petite sœur vit le jour à l’hôpital de Laval en février1945. Nous habitâmes un maison dans le quartier « Saint Pierre le Potier » au sud de Laval, à proximité de l’aérodrome.

C’est là que je connus ma première école, à trois kilomètres Thévalles. J’y allais à pieds, avec ma sœur aînée, grimpant une longue côte reliant le petit pays bordant la Mayenne au plateau de l’aérodrome. Pour le pain, il fallait traverser la Mayenne par le bac, le boulanger étant à l’Huisserie. C’est également là que j’appris à pêcher avec des moyens qui feraient rire aujourd’hui, une canne taillée dans une branche de noisetier, du fil à coudre, une épingle à tête recourbée en guise d’hameçon, un morceau de bouchon de liège traversé d’une allumette pour flotteur et roule Bébert.

Le débarquement avec le passage des Américains nous apporta une énorme bouffée d’oxygène, nous prodiguant moult dons en nourriture et vêtements, couvertures… Quel délice de savourer un bon morceau de chocolat après ces privations! Autre occupation fournies par les Allemands: mon père m’a donné une boite de vitesses d’une moto Allemande que je remontais et démontais sans me tromper, à sa grande admiration. Il pensait que plus tard je ferais un bon mécano.

 

Le village de Saint Pierre le Potier, la Mayenne.(image perso,ancienne)

En 1947 mon père fut affecté à la prison de La Flèche, dans le sud-ouest de la Sarthe. Nouveau voyage à bord de notre remorque, bien remplie à nous trois, les parents chevauchant l’intrépide Terrot. Nous ne devions pas avoir beaucoup de meubles et ménage car un autre voyage suffit à rapatrier le matériel. À La Flèche, j’entrais à l’école maternelle située à côté du tribunal pour quelque temps. Ma mère tomba malade l’année suivante et dut subir une intervention chirurgicale à la clinique de La Providence. Ne pouvant s’occuper de moi, elle me plaça chez les sœurs de l’orphelinat des Vertus qui nous logeaient et emmenaient à l’école Saint Jacques. Mes deux sœurs sont restées à la maison, l’aînée s’occupant la petite en l’absence de mon père. Très vite cette demi-sœur, l’admiration de ma mère, pris l’ascendant sur nous, ce qui motivera en partie mes choix de quitter le foyer familial (trop tyrannique).

Nous avons habité de 1947 à 1954: Impasse des Chapeliers, puis12bis rue du Mouton, et 23 rue du Parc,  à La Flèche...

Mon père acheta sa première automobile, au maître d’école de Verron, petite commune côtoyant La Flèche, une Renault NN1 ou 2, je ne sais plus. Nos habitudes de déplacement s’en trouvèrent nettement améliorées. Commença alors un changement fréquent de véhicules, au gré des occasions, mon père pensant, à chaque fois, faire l’affaire du moment. De Renault, il passa à Citroën ...

La prochaine rentrée scolaire se fit, pour moi, à l’école primaire René Descartes où j’ai passé ma scolarité primaire complète. Je me souviens de l’odeur suave des tilleuls en fleur de la cour de récré, annonçant la remise des prix, donc les vacances. Nous avons changé trois fois d’adresse, notre dernière, rue du Parc, près du grand Prytanée. Nous avions pour voisins un constructeur de TSF, son atelier me fascinait; et monsieur De Caunes (le grand oncle de Georges, homme de télé) qui me trouva digne de partager sa barque pour pêcher sur le Loir.

Nous restâmes à La Flèche jusqu’en 1954, malgré les mutations du père, vers Saumur, puis la centrale de Caen, suivit le centre pénitencier de Liancourt, dans l’Oise et Le Mans jusqu’à sa retraite. Pendant ses vacances, il nous emmenait en visite, toute la petite famille. C’est ainsi que nous visitâmes quelques châteaux de la Loire, les plages du débarquement en Normandie puis la Suisse Normande.

Avant de terminer ma scolarité primaire, désirant me soustraire au joug de ma demi-sœur, je passais le concours d’admission aux Enfants de Troupe, caserne Mangin, au Mans. Ma mère voyait en moi le militaire qu’elle aurait voulu être et secrètement espérait me voir admis au Prytanée Militaire de La Flèche. Mais il aurait fallu pour cela que mon père soit au moins sous-officier. J’avais obtenu largement les points nécessaires à cette admission. Au lieu de cela, la nouvelle arriva par la poste: admissible à l’Ecole Militaire Préparatoire des Andelys, dans l’Eure.

Lorsque la date d’entrée de l’EMP arriva, nous fîmes route vers Les Andelys via quelques visites de connaissances parentales datant de la guerre, en Normandie. Le père roulait alors en Citroën C4 (rien à voir avec les modèles actuels).

 

 

La moto de mon père ressemblait à celle-ci

( mais avec les couleurs de l’époque )

Sur cette photo, en arrière plan, la première auto de mon papa qui penche la tête; avec à sa droite ma sœur ainée, à sa gauche, ma petite sœur .

Au premier rang, de gauche à droite, moi-même, en barbotteuse Jean-Claude, frère de Jacqueline, la petite bouclée (devenue, longtemps plus tard, ma femme!).

 

 

 

Nos parents à leur mariage en 1942

La chapelle Notre-Dame des Vertus, à La Flèche

Notre maison, existe toujours, dans cet état...

La pêche, entre deux péniches, à l’époque