Période transitoire (entre 2 écoles)

 Après des vacances appréciées, chez mes parents, la rentrée 1955 arriva.

Le jour « J » je me présentais à l’E.M.P.T., en tenue d’Enfant de Troupe, contrastant avec mes camarades qui, eux, se présentaient en civil.

 

Je ne me souviens plus de l’appellation de ma classe de 5ème, sinon qu’un de mes camarades, qui partageait mon voisinage de table s’appelle Sckrypzack (pardon si j’ai mal écrit son nom). Actuellement Colonel à la retraite, comme beaucoup de mes anciens camarades.

Je commençais à bien m’habituer à ma nouvelle école jusqu’à la visite médicale, soit un peu plus d’un mois après la rentrée. Il faut croire que les dossiers médicaux ne se transmettent pas entre écoles militaires. Ressurgit mon fameux « souffle au cœur ». Là encore, pour être sûr du diagnostic, on décide de me placer en observation à l’hôpital du Mans. Je suis examiné par un spécialiste cardiologue, le Docteur Langevin (je me souviens de son nom), qui confirme la suspicion à mon encontre.

Le verdict ne tarde pas: contre toute attente, je suis radié (terme utilisé par les militaires dans ce cas) de l’EMPT, et ramené chez mes parents, sans prévenir! Je vous laisse imaginer la surprise de ceux-ci. Largué en plein démarrage scolaire, pas évident de retrouver une école!

 

Finalement, le Collège Cours Complémentaire Marceau Courboulay, du Mans, accepte de m’accueillir et là je prends mes cours en classe de 5ème moderne, langue vivante: Anglais. Pas vraiment le pied pour réaliser mes ambitions. Pour faire le trajet de la maison au collège, mes parents m’achètent une bicyclette, plus pratique que le trolleybus de l’époque, desservant mal notre quartier. C’est pendant cette période que j’ai fait ma communion solennelle à la paroisse Saint Pavin. Sorti sans beaucoup de panache de cette cinquième, je préparais mon entrée en 4ème au Collège Technique, situé … à côté de l’E.M.P.T.!

 

Ces vacances 1956 furent occupées à participer aux travaux de jardinage de ma mère, qui avait trouvé ce moyen pour améliorer les revenus de la maison.

La  rentrée 56 se fit sans problèmes particuliers, le transport scolaire cette fois trop important pour se faire à bicyclette, surtout que ma sœur ainée étudiait dans ce même établissement, fut confié au trolleybus: départ hôpital, arrivée place Georges Washington. L’enseignement des matières générales suivait son cours, avec comme langue vivante, toujours l’Anglais. Nouveauté, nous avions des heures d’atelier où nous nous sommes familiarisés avec l’ajustage et le tournage. Toujours ça de pris.

 

L’année scolaire semblait bien engagée quand, aux vacances de Pâques 57, un malaise me prit. Notre docteur de l’époque, docteur Quesemand jugea mon cas suffisamment grave pour m’hospitaliser à la clinique du pré (située à côté de l’église du même nom). Là, un chirurgien très compétent, le docteur Polony, après un prélèvement à l’endroit de mes douleurs, diagnostiqua une Ostéomyélite, provoquée par un staphylocoque doré. Opération plus approfondie avec soins (qu’aujourd’hui on nommerait intensifs). Bilan, un bon mois d’hospitalisation, mais avec la guérison à la sortie.

Le montant des soins étant très important, la Sécurité Sociale demanda une contre-visite à ses médecins agréés. Ce qui fut fait au mois d’août suivant (il fallait que je sois rétabli).

Et là, grosse surprise! Le médecin non seulement confirme l’excellente médication suivie pour mon cas, mais infirme totalement et formellement toute anomalie cardiaque: mon cœur va bien!

Ma maman, qui ne se laissait pas faire, m’a posé la question: veux-tu toujours retourner à l’EMPT? Quelle question!

Munie du certificat médical délivré par la Sécu, nous demandons à être reçu par les autorités de l’EMPT, à savoir le Colonel Perrault, qui se déclare incompétent et nous renvoie à nos occupations. Néanmoins, cet homme d’honneur constitue un dossier qu’il soumet à sa hiérarchie. Pas question de réintégrer un élève, cela ne s’est jamais fait à l’EMPT. C’était mal connaître ma mère. Furieuse, elle décide de monter à Paris, au Val de Grâce, consulter le médecin colonel m’ayant examiné lorsque j’étais aux Andelys, devenu depuis médecin Général. Alors là, ça cause. Ce brave Général, qui un peu comme Bigeard, ne mâchait pas ses mots, nous assure de son soutien et nous affirme ma réintégration.

Pour l’anecdote, il connaissait le docteur Langevin et n’a pas hésité à nous la baptiser de « bon à rien », laissant même supposer qu’il aurait cédé à une pression pour que ma place soit prise par un « fils à papa ».

Effectivement, la réception à l’EMPT fut assez froide, pour ne pas dire glaciale. Les conditions me furent impitoyables dictées par le PP (Professeur Principal = proviseur maintenant), monsieur Bourrier: j’entrais en 3ème, et devais, malgré mon trimestre en moins en 4ème, être au même niveau que mes camarades à Noël 1957. je relevais le défi et réussis mon pari.

Vous les copains qui m’avez connu ignoriez cela, car je n’ai jamais exposé ces faits. Le PP, mastiqueur impénitent, en fut tout surpris, mais beau joueur me félicita.

Voilà pourquoi, dans le grand livre des AET de notre promo, vous ne verrez pas LETENDARD Hubert de 1955 à 1960 mais de 1957 à 1960; mon entrée en 5ème n’ayant pas été validée.

Ma communion en 1955, paroisse Saint Pavin, au Mans

C’est la seule photographie qui me reste de cette période, ma demi-sœur ayant détruit l’album photo complet conservé par ma mère, au décès de celle-ci. Disparition de mes photos enfant de troupe et autres. Basse vengeance (de quelle jalousie ?).

Ci-dessus, le « pont en X », à proximité duquel le photographe Hamelin auteur de ma photo de communiant était établi.

Le trolleybus de la ligne « Hôpital-Pontlieue » que j’utilisais pour me rendre au Collège technique.